jeudi 28 janvier 2010

Aventure sous les Tropiques

Chers amis visiteurs du blog d'Heffe
Vous devez être épuisés après le Jardingue et le Bestiaire des bibliothèques. Heffe a donc pensé qu'une petite détente était nécessaire avant de remonter le temps et d'aborder la préhistoire. Il a ainsi ménagé des paliers de décompression ou sas d'humour minimal.

mercredi 27 janvier 2010

5- Ceux de la maison : Josette Poulain

L'heure est venue de clore. Nous laisserons ce soin à Josette Poulain, concierge. Elle a sa loge à l'entrée de la bibliothèque, mais on doit reconnaître qu'elle est d'une absolue discrétion. Nous l'imaginerons donc, puisque son existence est attestée sur le registre des employés municipaux. Plutôt petite, vive, les formes généreuses entourées de la blouse bleu ciel réglementaire et mariée à Germain, égoutier à la ville, dont les grandes bottes noires sèchent sur le rebord de la fenêtre.
Josette officiait aux cuisines de l'école Léon Blum quand un jour on lui a proposé la place de concierge à la BM. Et elle a accepté, parce que le logement était bon.
Les hauts murs tapissés de livres gros comme des briques, ça l'a impressionné au début, elle qui ne lit jamais. Et puis, peu à peu, une certaine familiarité s'est installée entre eux et elle.
Le soir, après le dîner, elle fait une petite ronde dans les réserves et elle termine toujours par la salle de lecture. Coco, sa chatte grise, file sous les longues tables et joue avec les rayons de lune. Les encyclopédies, les dictionnaires, les romans se reposent, par centaines, sur les rayons. Seules, au fond, les lumières bleues des ordinateurs assurent la veille. Ce sont tous un peu ses enfants maintenant. Et Josette Poulain referme doucement la grande porte de verre, pour ne pas les réveiller.

mardi 26 janvier 2010

4- A deux : Yves de Hautecloche et Martial Lafouine


Le combat de deux grands mâles est toujours un spectacle de qualité, apprécié des connaisseurs. Ici, la femelle n'en est jamais l'enjeu, mais elle peut, par sa présence, faire durer les hostilités au-delà des limites que l'âge des adversaires voudrait brèves. L'enjeu, ou plus exactement l'objet de leur convoitise est l'unique exemplaire du FIGARO.
A gauche, le baron Yves du Theil de Hautecloche, colonel de cavalerie (CR) : 3 guerres, 3 défaites. A droite, Martial Lafouine, ancien chef du service des huiles usées à l'Intendance de la IIIème Région Militaire.
Les subtilités de l'art de la guerre sont oubliées et la rudesse du pugilat reprend ici ses droits. Peut-être les rhumatismes du baron vont-ils cette fois-ci lui jouer un mauvais tour...
L'issue du combat est incertaine mais le FIGARO, lui, y laissera quelques feuilles.

mercredi 20 janvier 2010

4- Ceux de la maison : Muriel


Quand Muriel est là, toute la Bibliothèque rajeunit de 20 ans. Elle a hérité de la blouse bleue de Monsieur Robert quand celui-ci est parti à la retraite voilà déjà 6 mois. Elle flotte un peu dedans mais elle est la première à en rire. Ah, le rire de Muriel ! Jamais fâchée, toujours contente." Vous avez oublié quelque chose devant la cote, Monsieur. C'est certainement un dépôt légal. Il faut mettre DL, suivi du chiffre. Sinon je vais me perdre dans les réserves. Vous voulez que je me perde dans les réserves, Monsieur ?" Et Monsieur X rigole avec elle.
Lorsqu'elle n'a pas de client, Muriel sort un calepin et un crayon de sa grande poche et croque discrètement les hôtes de la salle de lecture. Elle doit préparer un recueil de caricatures... Car la banque de prêt où officie Muriel est un lieu idéal d'observation.
Malheureusement pour nous - comme pour elle - Muriel n'est là qu'un jour sur deux. Je soupçonne quelque conservateur des étages supérieurs de se la garder pour lui tout seul. Il aime très certainement se faire croquer.

3-Ceux de la maison : Marie-Agnès de la Granville


Depuis une semaine Marie-Agnès dort mal. On lui a confié l'installation d'une exposition temporaire dans le hall de l'entrée. Ce n'est pas tellement cette responsabilité qui lui donne des insomnies. Après tout, elle vient juste de sortir de l' Ecole des Chartes et elle a du dynamisme à revendre. Non, ce qui l'empêche de dormir, c'est le thème de l'exposition : Madame la Conservatrice en chef n'a pas trouvé mieux que de vouloir exposer l' Enfer de la Bibliothèque.
L'Enfer ! L'éducation d'une demoiselle de la Granville ne prépare guère à ce genre de labeur mais Marie-Agnès a un sens aigu du devoir. Elle est allée fouiller jusqu'au dernier cercle de l'Enfer et sur son bureau s'accumulent Boccace, l'Arêtin, Verlaine, Maupassant, Louÿs, Sade bien sûr et des anonymes tous plus empestés les uns que les autres.
Où Marie-Agnès trouve-t-elle la force de mener à bien cette tâche inhumaine ? Devinez... Chaque soir, une fois enfermée à double tour la bête immonde dans son bureau, elle court voir son confesseur. Le père D., vicaire à Saint Melaine, s'est fait une spécialité des amours illégitimes. Il écoute la pauvre Marie-Agnès et l'absout bien naturellement. Il a une tendresse toute particulière pour les vierges effarouchées.
" Sur la plaquette de l'exposition, vous ne mettrez que vos initiales, surtout pas le nom en entier " lui a-t-il conseillé. La réputation d'une demoiselle de la Granville c'est précieux, si on veut la marier...

mardi 19 janvier 2010

2-Ceux de la maison : Noël Guidecoq


La grande affaire de Noël Guidecoq, c'est le fonds Pinet. Tout le monde connaît le Président Pinet dont le nom est associé au redressement du Franc. On connaît moins bien la passion qui le dévora pendant toute sa vie consacrée à la rigueur économique.
Lorsque Madame la Conservatrice proposa à Noël Guidecoq la charge du fonds que la famille Pinet venait de léguer à la Bibliothèque, celui-ci accepta avec enthousiasme. Pauvre Noël Guidecoq, il ne savait pas que sa vie tranquille de conservateur en serait révolutionnée.
Cela fait maintenant 5 ans que celui-ci n'arrête pas d'inventorier, classer, étiqueter, numériser la prodigieuse collection du célèbre homme politique. Sur les rayons s'alignent les centaines d'ouvrages consacrés à la passion secrète du Président Pinet : l'histoire du sous-vêtement féminin de 1842 à nos jours. Pourquoi 1842 ? Mystère... Noël Guidecoq travaille d'arrache-pied pour préparer l'oeuvre de sa vie : l'inventaire commenté de la collection qu'il égaiera de photos inédites. Car le Président Pinet, lorsqu'il eut estimé qu'il avait fait le tour de la question sur le plan de la bibliophilie, s'était lancé dans la collection des petites culottes de femmes célèbres. Et la Bibliothèque a AUSSI hérité des petites culottes, par centaines. De nombreux spécimens sont déchirés, malheureusement : L'usure du temps, des scènes houleuses, des galants trop empresés ?
Noël Guidecoq a engagé une repriseuse en dentelles. Parfois, en fin d'après-midi, lorsque le blues du conservateur l'envahit, il la rejoint et ils contemplent en silence les fantômes vaporeux des gloires passées.




1-Ceux de la maison : Bubu


Tout le personnel de la Bibliothèque municipale l'appelle Bubu. Bubu, c'est Bucéphale, le vélo de Madame la Conservatrice en chef. Une méchante haridelle verte d'origine incertaine, munie sur son arrière-train de sacoches de toile délavée, suffisamment vastes pour recevoir les emplettes de sa maîtresse. Passionnée de gastronomie, Madame la Conservatrice n'a pas son pareil pour dénicher la dernière trouvaille d'un charcutier à l'ancienne ou la petite merveille de bibliophilie culinaire d'un bouquiniste de la vieille ville. Dans le fond des sacoches de Bubu, il n'est pas rare qu'une édition originale des " Médiations de gastronomie transcendante " voisine avec une sublime saucisse de Morteau aux truffes ou un Münster fermier affiné sur un lit de fougères du col de la Schlucht.
Mais pourquoi Bucéphale me direz-vous ?... Si j'en crois les confidences d'un conservateur malicieux, Madame la Conservatrice a tout d'un Alexandre en jupons.
Comme elle se sentait à l'étroit dans les murs de sa vénérable bibliothèque, elle a décidé un jour d'étendre son empire et en dix ans la ville s'est couverte de petites colonies vouées au plaisir de la lecture. Pas un quartier n'a échappé à cette volonté inflexible et un escadron de bibliobus va même apporter la bonne nouvelle jusque dans les contrées inhospitalières des ZUP péri-urbaines.
Et les annexes de la Bibliothèque reçoivent souvent la visite inopinée de Madame la Conservatrice en chef, toujours juchée sur son fidèle Bubu, comme il se doit.