lundi 15 octobre 2018

Back to the Bay 6



Back to the Bay

Petit journal de bord d'un séjour à San Francisco, à la découverte d'une ville mythique et aussi à la recherche des fantômes de la Beat Generation, des idées et du son des années hippie, du Grateful Dead, du Jefferson Airplane et de Janis Joplin bien sûr.

Saturday, September 8th
Nous ne sommes peut-être pas passés le bon jour, mais la librairie « City Lights Books » nous a semblé bien calme en ce samedi ensoleillé de fin d'été. Des pièces minuscules, encastrées les unes dans les autres, des escaliers en bois étroits et tortueux, des alcôves, des petits recoins sombres, des milliers et des milliers de livres et de revues. Lawrence Ferlinguetti, le créateur de la librairie la plus célèbre des Etats-Unis, lui a donné ce nom en hommage au film de Charles Chaplin « Les Lumières de la Ville »(1931). C'est ici que le coeur de la Beat Generation a battu dans les années cinquante et c'est ici aussi que Ferlinguetti s'est battu contre le conservatisme puritain notamment lors du célèbre procès qui a suivi la publication de « Howl » d'Allan Ginsberg (1957). Farouche défenseur des droits de l'Homme et de la liberté sexuelle, pacifiste convaincu, militant anti-raciste, Ferlinguetti, poète, libraire et éditeur,( aujourd'hui âgé de 99 ans!) a été en quelque sorte le Maspero de la West Coast, le marxisme en moins. Ce matin, les clients sont des « boomers » à la soixantaine bien tassée, et ils parcourent paisiblement les rayons Vegan et Yoga. On s'est assis sur un petit banc, on a trouvé au rayon poésie un exemplaire de la fameuse collection « Pocket Poets » ( un peu ce que fera Seghers plus tard ), et on a lu « Bomb » de Corso. L'esprit de la Beat Generation nous a paru alors bien, bien loin, à ce moment-là, dans cette petite librairie de province endormie… On est sorti, j'ai pris une photo dans Columbus Avenue et on est parti à pieds vers le sud.
Et on a retrouvé le Souffle de San Francisco. Des dizaines de milliers de personnes manifestaient pour la défense du climat : Sur plus de 5km, Market St envahie de pancartes, de banderoles, de sirènes, de chansons, de slogans au mégaphone. Des grand-mères, des enfants en poussette, des couples de tous âges, des handicapés en fauteuil, des chiens, des centaines d'étudiants de Berkeley, des chiens, des jongleurs, des pacifistes, des écolos, le parti socialiste californien ( si,si ! ), le LGBT local en masse et… pas un seul policier en vue ! Une impression de force extraordinaire, une détermination farouche contre la politique de Trump, mais aussi et surtout, la bonne humeur et la fantaisie. Comme si la Beat Generation et le Flower Power se retrouvaient ensemble, dans la rue, cinquante ans après.

vendredi 12 octobre 2018

Back to the Bay 5


Back to the Bay

Petit journal de bord d'un séjour à San Francisco, à la découverte d'une ville mythique et aussi à la recherche des fantômes de la Beat Generation, des idées et du son des années hippie, du Grateful Dead, du Jefferson Airplane et de Janis Joplin bien sûr.

Friday, September 7th
Le tour en bateau de l'île d'Alcatraz prend un quart d'heure et c'est bien suffisant pour nous. Avec sa citerne et ses bâtiments délabrés, la prison-musée est vraiment sinistre vue de la mer. Le Golden Gate Bridge disparaît aujourd'hui dans le brouillard. Les cornes de brume éclatent au loin. Heureusement, les lions de mer sont là pour nous accueillir à notre retour au Pier 39. Une centaine de bêtes qui se dorent au soleil sur les pontons et se chamaillent sans cesse pour le plus grand bonheur des photographes en quête de selfies originaux. Je suppose que l'office du tourisme de San Francisco doit leur fournir chaque jour une tonne de maquereaux pour qu'ils restent là… Prison dorée, donc, pour ces gros mammifères marins malodorants.
Non loin de là, sur Telegraph Hill, il y a la Coit Tower. Une espèce de grand machin en béton, haut de 66m et qui a l'allure d'une lance à incendie pointant, toute raide, vers le ciel. C'est Lillie Hitchcock Coit qui a financé son érection en 1933 en l'honneur des pompiers qu'elle adorait. Veuve de banquier et sacrément excentrique comme on le voit. Du haut de la tour, vue imprenable sur Alcatraz. On oublie que les prisonniers avaient eux-aussi une vue imprenable sur la Coit Tower. Un vrai supplice, on n'en doute pas.
Plus loin, en descendant vers Chinatown, on emprunte Grant Avenue. Premier vrai rendez-vous avec le blues.
Au 1339, c'est le Coffee Gallery. Enfin, c'était. Aujourd'hui ça s'appelle « Maggie McGarry's » et la patronne a l'accent irlandais.C'est dans ce bar que Janis Joplin chantait le folk-blues et faisait passer le chapeau. Elle avait 20 ans et était au bord du gouffre. Une fresque ( « mural » ) orne le mur du fond. Janis y apparaît en majesté entourée de musiciens inconnus peints avec des couleurs hideuses. Au bar, des hipsters élégants sirotent leur Guiness. « Grant is a posh street », une rue chic… La patronne est assise derrière sa caisse, les yeux dans le vague. C'est la troisième fois que « West Memphis » passe. La patronne doit aimer Lucinda Williams. Elle passe ses mains dans ses longs cheveux châtains, comme ceux de Janis.

mercredi 10 octobre 2018

Back to the Bay 4




Back to the Bay

Petit journal de bord d'un séjour à San Francisco, à la découverte d'une ville mythique et aussi à la recherche des fantômes de la Beat Generation, des idées et du son des années hippie, du Grateful Dead, du Jefferson Airplane et de Janis Joplin bien sûr.

Thirsday, September 6th
Pour aller au MOMA, en partant de notre hôtel, on passe par Tenderloin, le quartier mal-aimé de San Francisco. C'est ici la plus forte concentration de homeless de la ville, à deux pas du Hilton.
L'alcool et la drogue font des ravages et les gens se piquent sous les porches. Des filles de trente ans en paraissent soixante. Déclassement, déchéance et désespérance. Janis Joplin, lors de son premier séjour à San Francisco en 1963 a traîné par ici, petite dealeuse à la dérive, malade et amaigrie, alcoolique déjà, chantant pour une bière dans les anciens « speakeasy »* de Turk St.
Le Moma est à un quart d'heure à pied de Tenderloin et il faut franchir Market St, principale artère de la ville qui marque la frontière entre le pays des collines au nord et le plat pays au sud.
On vient au Museum Of Modern Art de San Francisco pour notre chouchou de toujours : Sandy Calder, le génial créateur des mobiles. Et là, on est gâté… Le « Calder Room » peuplé de mobiles de toutes formes, mais… parfaitement immobiles. Normal. Il n'y a pas de vent, ni de courant d'air ici, et la clim n'a jamais rien fait bouger… C'est assez frustrant, finalement. Sur la terrasse, on découvre le « Grand Crinkly » rouge et jaune devant un immense mur de verdure. Il ne bouge pas, lui non plus. On est vraiment ému car il était installé dans les jardins de Madame de La Fayette à Rennes lors de l'exposition « L'univers d'Aimé Maeght » de 1979.
Il faut écarter d'immenses rideaux rouges de plus de six mètres de hauteur, pour entrer dans l'exposition temporaire consacrée à René Magritte. Tout Magritte est là, y compris les variantes des tableaux , et elles sont nombreuses… Mais on a beau chercher, on ne trouve pas « Ceci n'est pas une pipe ». Etrange, quand même. Un peu plus loin, on se rattrape avec « Fontaine » de Marcel Duchamp, qui, comme chacun sait « n'est pas une fontaine »…

* Speakeasy : Bar clandestin pendant la Prohibition ( 1920-1933 )

dimanche 7 octobre 2018

Back to the Bay 3



Back to the Bay

Petit journal de bord d'un séjour à San Francisco, à la découverte d'une ville mythique et aussi à la recherche des fantômes de la Beat Generation, des idées et du son des années hippie, du Grateful Dead, du Jefferson Airplane et de Janis Joplin bien sûr

Wednesday, September 5th
2ème breakfast de la matinée avec un petit cousin français installé depuis 18 ans à San Francisco. On rigole bien en voyant arriver les pommes de terre, les œufs brouillés et les côtelettes à 9h du matin… Et c'est très bon. Vive le breakfast US !
Pierre est très occupé. Busy young man ! Marié à une jeune femme originaire de Hong Kong, il a deux enfants qui parlent chinois, français et bien sûr américain !
« Vous voulez voir quelque chose de typique à San Francisco ? »
Bien sûr qu'on veut !
C'est un bel hôtel, près d'Union Square, le centre du centre. Hôtel de France. Le drapeau tricolore et le Stars and Stripes flottent gaiement ensemble à l'entrée.
« le patron est français, d'Orléans, c'est un de mes clients et il a créé son hôtel il y a juste 50 ans. »
On franchit la porte d'entrée et là c'est le choc !
Tout, absolument tout est dédié à Jeanne d'Arc. Normal, le boss est natif d'Orléans. Pas un espace, où Jeanne, sous toutes les formes possibles et imaginables, ne soit présente ! Portraits, bustes en plâtre ou en bronze, statues grandeur nature, tableaux, tapis, fauteuils, abat-jours, verres, dessous de verre, tasses à café, assiettes, nappes, couvercles de toilettes… Chaque chambre à son thème : Les voix, Domrémy, la guerre contre les Anglois, Orléans, le procès et même le bûcher…
« Les Américains adorent, nous dit le jeune manager français, et ils en redemandent ! On va prochainement mettre une mosaïque consacrée à Jeanne d'Arc sur le trottoir devant la porte d'entrée. La mairie est d'accord. »
Janis of Port Arthur a-t-elle dormi dans cet hôtel ?
May be, may be not...

vendredi 5 octobre 2018

Back to the Bay 2


Back to the Bay

Petit journal de bord d'un séjour à San Francisco, à la découverte d'une ville mythique et aussi à la recherche des fantômes de la Beat Generation, des idées et du son des années hippie, du Grateful Dead, du Jefferson Airplane et de Janis Joplin bien sûr.

Tuesday, September 4th
Avez-vous déjà essayé de faire deux nuits à suivre ? On a essayé mais on a échoué lamentablement. A trois heures du matin, debout. Plaisirs du Jet-Lag. Relecture de « Hippie Days » d'Alain Dister et de « Looking for Janis » de Lucie Baratte. A 8h on est dans le Starbuck Coffee du coin de Bush St ( prononcer Beuch ), et on avale notre premier café américain du séjour, un demi-litre bouillant et au goût indéfinissable. Aujourd'hui, au programme, c'est le Cable Car, le moyen de locomotion emblématique de San Francisco, et que seuls les touristes empruntent ; il faut dire que le trajet simple vous en coûtera 7 dollars. Il faut le prendre à Powell station, au coeur de Downtown. Imaginez une espèce de gros chariot en bois coloré sur roues et sur rails, à mi-chemin entre la cabine de téléphérique et la diligence. Mais il n'y a pas de chevaux, ni de moteur ! Il y a un câble souterrain de 30 km environ qui tourne sans fin et auquel le wagon vient s'accrocher à l'aide d'un manche en acier muni d'une mâchoire . Ca vous propulse à la vitesse de 15kmh sur des pentes qui peuvent atteindre 20 à 25 % quand même ! Le machiniste est un sportif qui n'arrête pas de gueuler contre toute la terre qui l'empêche d'avancer…
Tout le monde rigole. Ambiance. Le chic, pour les touristes, est de rester debout à l'extérieur du Cable Car, les pieds sur la marche en bois et en essayant de s'agripper où on peut. Au terminus, à Mason pour la ligne 1, les machinos retournent l'engin à la main, si,si !!
Retour par Lombard St « The most curved road in the world » et célèbre par la course poursuite de Steve MacQueen au volant de sa Ford Mustang ( « Bullit »1968 ). J'ai revu la séquence mais la Mustang n'emprunte pas les 8 virages en épingle… Dommage…
Jimmy Hendrix, lui, les a empruntés, mais à contre-sens, après avoir brûlé sa guitare au Festival de Monterey ( 1967).

mercredi 3 octobre 2018

Back to the Bay 1


Back to the Bay

Petit journal de bord d'un séjour à San Francisco, à la découverte d'une ville mythique et aussi à la recherche des fantômes de la Beat Generation, des idées et du son des années hippie, du Grateful Dead, du Jefferson Airplane et de Janis Joplin bien sûr.


3 Septembre 2018. L'atterrissage, après un vol de 11h et les turbulences au-dessus de la baie d'Hudson, est toujours un moment particulier, mélange de crainte et de soulagement. Ce soir le vent est nul, le ciel parfaitement bleu et la baie, à 2000 pieds en dessous de nous, scintille. Il est 19h heure locale et il va bientôt être l'heure de prendre son p'tit dèj', heure française…
Attente interminable à la police des frontières et à la douane. Fonctionnaire sourcilleux et intraitable. Le Smith et Wesson est sur la table.
Le taxi est jaune, bien sûr, les amortisseurs sont morts et le chauffeur bien allumé. On s'enfonce tout de suite dans le brouillard, le célèbre brouillard de San Francisco, au milieu d'un enchevêtrement d'autoroutes et de rocades. La nuit s'est installée. Les rues sont droites et il n'y a pas de virages. On a l'impression de tourner en rond dans un lacis de rues à angle droit !
«  The GPS doesn't work this evening. Too much fog ! »
Tu parles… Vieille astuce de tous les taxis du monde qui prennent les voyageurs à l'aéroport. Le compteur tourne comme un fou. C'est un des derniers taxis de San Francisco - j'exagère à peine – Uber et Lyft ont raflé la mise.
La porte de notre hôtel, enfin, et une lumière chaude à l'intérieur.
Dehors, à deux mètres, un SDF( on dit ici «  a homeless man » ) dort paisiblement dans son sac de couchage. Il est jeune, bien habillé et il y a une bouteille de Cola à côté de lui. Nous sommes en plein centre ville. Contraste. Welcome to Frisco.